Endometriose et thérapies naturelles

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Soulager l’endométriose autrement 

Je souhaite vous parler aujourd’hui de l’endométriose, cette maladie gynécologique chronique qui touche un trop grand nombre de femmes, car vous êtes nombreuses à me l'avoir demandé. Pathologie complexe, peu comprise et invalidante, l’endométriose est souvent synonyme de souffrance, tant physique que psychique, et s’accompagne dans 30 à 50% d’infertilité. La méconnaissance de la maladie fait que le diagnostic est posé tardivement, après des mois, voire des années d’errance1, et les traitements allopathiques proposés, s’ils réduisent la douleur, n’éliminent pas la maladie et mutilent le corps des femmes qui passent par la chirurgie. Ce n’est donc pas une solution, d’autant que d’autres alternatives existent (d’autres stratégies peuvent être mises en place) comme nous allons le voir. Peu de choses sont connues sur les causes de l’endométriose, son évolution naturelle et les facteurs qui influencent sa progression2, mais on sait que l’inflammation et le stress oxydatif tiennent une place importante. Ce sont deux points que vous connaissez bien maintenant, à la lecture de mes différents articles, et sur lesquels nous pouvons agir. 

« Vous avez une endométriose »

« Le diagnostic tombe après des mois, des années d’errance médicale. On sait ce que l’on a, enfin on connaît surtout le nom, parce que finalement tout cela reste obscur. Nous voilà avec le compte-rendu de l’imagerie médicale qui parle d’épaississement au niveau des ligaments utéro-sacrés3 et autres kystes au niveau des ovaires. C’est presque comme lire de la poésie dans une langue étrangère ! » Ce témoignage de Marie-Rose Gallès4 en dit long sur le vécu des femmes souffrant d’endométriose. Et elles sont de plus en plus nombreuses, depuis l’apparition des premières règles jusqu’aux dernières (avant d’entrer dans la ménopause), « à découvrir les affres de l’endo, et les méandres dans lesquels elle les plonge », déplore de son côté Marie-Anne Mormina5.

Un parcours médical chaotique dans un vécu de souffrance physique parfois à la limite du supportable. A celle-ci s’ajoute la souffrance psychique, tout aussi insoutenable : être dépendante de thérapeutiques parfois très lourdes, ne pas se sentir comme les autres femmes, ne pas pouvoir avoir une sexualité « normale », voir dans le regard des autres l’évidence de l’infertilité, avoir à composer au quotidien avec cette douleur physique avec laquelle il n’est pas possible de dialoguer…

Qu’est-ce que l’endométriose ?

L’endométriose est une maladie gynécologique fréquente qui concerne une femme sur dix en âge de procréer. Elle est parfois asymptomatique. Dans ce cas, elle est généralement découverte de façon fortuite à l’occasion d’une consultation motivée par une difficulté à concevoir un enfant. Ou bien la maladie se manifeste par des douleurs chroniques, en particulier au moment des règles. En dehors de cette période, certaines femmes peuvent souffrir lors des rapports sexuels (ce que l’on appelle la dyspareunie) ou encore lorsqu’elles urinent ou défèquent.

Quand la maladie est associée à une infertilité, cela impacte de surcroît la qualité de vie et la santé psychologique et sexuelle.

L’endométriose est caractérisée par la présence anormale de tissu utérin (ou tissu endométrial) en dehors de l’utérus. Ces cellules, dites ectopiques (c’est-à-dire situées en dehors de leur localisation habituelle), possèdent les mêmes caractéristiques que celles de la muqueuse utérine (l’endomètre) et se comportent comme elles sous l’influence des hormones ovariennes. À chaque cycle menstruel, elles vont proliférer, saigner et laisser des cicatrices fibreuses. Ces lésions sont à l’origine d’un processus inflammatoire chronique. Les douleurs extrêmes ressenties par certaines femmes seraient liées à une importante innervation de ces lésions.

Différents organes peuvent être touchés. Dans les formes superficielles, les moins graves, ces cellules ectopiques migrent jusqu’au péritoine, la membrane qui tapisse et maintient en place la cavité abdominale et les viscères qu’elle contient. Dans les formes sévères, dites profondes, les cellules ectopiques peuvent gagner d’autres organes comme les ovaires, les ligaments utéro-sacrés, le rectum, la vessie, le vagin ou la paroi intestinale.

L’adénomyose utérine (également appelée endométriose interne) représente 20% des cas d’endométriose et prédomine à la quarantaine. Elle se caractérise par la présence anormale de tissu endométrial, sous forme de kystes, au sein du myomètre, le muscle de l’utérus. L’adénomyose utérine peut être superficielle (entraînant des saignements importants pendant et en dehors des règles) ou profonde (engendrant des douleurs importantes en plus des saignements).

Les traitements allopathiques

Le traitement médicamenteux, la chirurgie et l’aide médicale à la procréation (AMP), en cas d’infertilité, sont actuellement les trois approches utilisées en allopathie pour soulager les symptômes de l’endométriose et traiter ses éventuelles conséquences sur la fertilité.

Les traitements hormonaux, à base de progestatifs ou œstro-progestatifs, visent à interrompre le cycle ovulatoire, responsable des poussées douloureuses. En plus de réduire les douleurs, cette approche hormonale peut permettre une stabilité des lésions, voire une diminution de leur volume, mais pas leur élimination. En outre, elle empêche les jeunes femmes d’envisager une grossesse.

Quant à la chirurgie de l’endométriose, elle peut être très invasive et invalidante. Certaines parties du côlon sont enlevées (résection) par exemple, ou bien encore le risque est élevé d’abîmer la réserve ovarienne en cas de kyste ovarien. Pour couronner le tout, cela n’empêche pas la maladie de revenir. Les médecins et chercheurs s’accordent aujourd’hui sur le fait que la chirurgie ne doit plus être le traitement de référence de l’endométriose comme cela a été trop fait dans le passé. C’est déjà une bonne chose.

Les solutions allopathiques ne constituent donc pas la panacée. La recherche6 a pu mettre en évidence différents facteurs impliqués dans le développement et/ou la progression de la maladie qui sont autant de cibles d’action, qui vont permettre d’apaiser, de soulager les douleurs et de remettre à l’équilibre un terrain souvent carencé et déséquilibré, en dysbiose.

L’inflammation et le stress oxydatif

Différents travaux pointent le rôle prépondérant de l’inflammation dans la progression de la maladie et celui du stress oxydatif dans son développement et sa progression. En particulier, il a été mis en évidence un niveau bas de l’activité de deux enzymes du système endogène de défense antioxydant : la glutathion peroxydase et la superoxyde dismutase SOD dans les formes graves de la maladie. Des expériences in vitro montrent qu’en inhibant ce stress antioxydant, on bloque la prolifération des cellules endométriales.

Dans des modèles murins, un traitement par la N-acétylcystéine7, un antioxydant, a permis de réduire les lésions endométriosiques.

Par ailleurs, les chercheurs ont trouvé, parmi les cascades de gènes dérégulées dans la lésion d’endométriose, de nombreux gènes liés au métabolisme du glutathion. Cet antioxydant synthétisé dans l’organisme joue un rôle clé dans la détoxification du peroxyde d’hydrogène, molécule majeure du stress oxydatif.

Pour rappel, ces systèmes de défense antioxydants, mis en place par les mitochondries – les petites usines énergétiques de nos cellules - ont un besoin impératif d’éléments tels que le cuivre, le manganèse ou encore le sélénium, notamment, pour bien fonctionner. Cela induit de ne manquer d’aucun de ces nutriments essentiels à nos mitochondries. Tout déficit ou carence est de nature à perturber, voire inactiver ces systèmes anti-incendie et entraîner ainsi de nombreuses maladies dégénératives. Et cela vaut pour tous.

Plusieurs études ont montré que des femmes souffrant d’endométriose ont des concentrations significativement plus faibles d’antioxydants et qu’une alimentation contenant des antioxydants, les vitamines C et E, du sélénium et du zinc diminuaient l’intensité de la maladie.

Il convient donc pour les femmes souffrant d’endométriose, comme pour chacune et chacun d’entre d’ailleurs, de vérifier si on ne souffre d’aucune carence. Le cas échéant, il faudra combler les différents manques par un apport alimentaire, et si ce dernier n’est pas suffisant, vous devrez vous supplémenter.

Les nutriments essentiels au bon fonctionnement de nos mitochondries le sont tout autant pour la bonne marche de notre thyroïde. Or, le déséquilibre des hormones féminines perturbe le fonctionnement de la thyroïde. L’hypothyroïdie serait 7 fois plus fréquente chez les femmes présentant une endométriose, que chez les autres. C’est pourquoi, il est essentiel de vérifier le fonctionnement de la thyroïde ainsi que les nutriments nécessaires à son bon fonctionnement : Analyser la T3, T4 et TSH. Ensuite, vous devez veiller à consommer suffisamment d'iode, de sélénium, de zinc, de fer, de magnésium, de vitamines B (les nutriments essentiels de nos mitochondries !) La vitamine B6, quant à elle, joue un rôle crucial dans la régulation hormonale ainsi que la vitamine D, notamment la D3. 

J’ai abordé avec vous ici le problème de l’inflammation et les moyens de lutter contre. L’alimentation y tient une place fondamentale avec une part belle donnée aux acides gras oméga-3. Dans le cadre de l’endométriose, ces derniers ont retenu l’attention des chercheurs en raison de leurs propriétés anti-inflammatoires. Les douleurs et les problèmes d’infertilité sont au moins en partie liés à une augmentation des prostaglandines PGF2 alpha8. Or, les acides gras oméga-3 jouent un rôle dans la régulation des prostaglandines et des cytokines. La consommation d’acides gras oméga-3 a pour effet de réduire leur production locale, ainsi que la taille des lésions endométriosiques.

Une vaste étude prospective de cohorte a, par ailleurs, permis de conclure qu’une augmentation de la consommation d’acides gras oméga-3 pouvait réduire le risque d’endométriose.

Bien entendu, je ne peux que vous déconseiller la prise de pilules contraceptives qui ne font que mettre de l'huile sur le feu!

Une alimentation anti-inflammatoire et anti-œstrogènes

L’endométriose est une maladie œstrogéno-dépendante. En d’autres mots, elle est stimulée par les œstrogènes, dont on sait qu’ils sont des facteurs de multiplication cellulaire. Pour freiner cette hyperœstrogénie, l’alimentation des femmes souffrant d’endométriose devra être non-œstrogénique et protectrice vis-à-vis des perturbateurs endocriniens.

Je vous conseille d'éviter les produits laitiers de vache, à part le beurre Bernard Gaborit, ainsi que les produits à base de soja.

La phytothérapie peut vous rendre de grands services. Il existe différentes plantes à forte activité anti-œstrogènes, anti-gonadotropes et progestérone-like. Le gattilier (Vitex agnus-castus) est la plante-clé dans cette maladie : son activité progestative et anti-œstrogène est démontrée et puissante. C’est pourquoi elle ne doit être utilisée que sur prescription médicale. Le brocoli et l’artichaut ou encore le chardon-Marie sont également intéressants pour freiner le climat d’hyperœstrogénie. La passiflore (Passiflora incarnata) peut être associée au gattilier en raison de ses propriétés anti-inflammatoires, anti-spasmodiques et hormonales : anti-aromatase.

Il a en effet été observé chez les femmes souffrant d’endométriose une surexpression de l’aromatase. Cette enzyme intervient dans la conversion de l’androstènedione et de la testostérone en œstrogènes, dans l’endomètre. Cette surexpression semble jouer un rôle crucial dans le développement de la maladie, ainsi que sa progression. Elle renforce, en effet, le climat d’hyperœstrogénie.

Un certain nombre de substances naturelles ont des propriétés inhibitrices de l’aromatase, essentiellement des flavonoïdes, la chrysine, que l’on trouve dans la passiflore et la propolis. Le resvératrol, un polyphénol isolé notamment de la peau du raisin rouge, inhibe également l’activité de l’aromatase. Le resvératrol a en outre des propriétés antioxydantes et anti-inflammatoires. Les chercheurs s’intéressent de près au resvératol en raison de sa capacité à « allumer » ou « éteindre » certains gènes, en un mot à agir sur l’expression des gènes9.

Le gingembre, le curcuma et la cannelle possèdent également des propriétés intéressantes, notamment antioxydantes et anti-inflammatoires. Le gingembre agit, par exemple, sur la synthèse des prostaglandines.

Tout comme les traitements allopathiques, toutes ces stratégies naturelles : nutrition, micronutrition, phytothérapie, homéopathie, aromathérapie, ou encore ostéopathie, associées à une activité physique régulière, un peu de yoga et/ou de méditation, et un bon soutien psychologique, visent à calmer l’inflammation, réduire les phénomènes douloureux, diminuer la fréquence et l’abondance des saignements anormaux et des règles, à freiner l’ovulation tout en traitant le terrain et le psychisme. Mais sans les effets secondaires des traitements allopathiques et avec des résultats avérés.

Cette approche holistique et intégrative ne prétend pas guérir ce syndrome aussi complexe qu’est l’endométriose, mais elle a un impact bénéfique évident sur la qualité de vie, et tout ce qui en découle.

En attendant de pouvoir prévenir cette maladie, faites au mieux pour avoir un terrain sain afin d’être la mieux armée possible face à une société qui génère de plus en plus de toxiques et de perturbateurs endocriniens.

Marion Kaplan

avec la collaboration de la journaliste Myriam Marino

Notes

1 – Le temps de diagnostic de l’endométriose est aujourd’hui estimé entre 7 et 10 ans après l’apparition des premiers symptômes. Fertilité, endométriose : l’Inserm fait le point sur les recherches, Inserm, 30 avril 2019

2 – L’endométriose est très certainement d’origine plurifactorielle associant facteurs génétiques et environnementaux : polluants, perturbateurs endocriniens… Sans oublier la pilule.

Certains classent l’endométriose parmi les pathologies environnementales.

On retrouve parmi les facteurs de risque d’endométriose identifiés dans la littérature et confirmés dans la plus grande cohorte existant à ce jour, constituée de 116 430 infirmières américaines âgées de 25 à 42 ans en 1989 : un faible poids de naissance, des menstruations précoces, un faible indice de masse corporel (IMC) et des cycles menstruels courts (moins de 24 jours).

3 - Ligament double qui réunit la partie inférieure de la face postérieure du corps utérin au sacrum

4 – Ce que les autres pays ont à nous apprendre, Marie-Rose Gallès, Josette Lyon, 2020. Marie-Rose Gallès est également l’auteure de Endo & Sexo : avoir une sexualité épanouie avec une endométriose, Josette Lyon, 2019, et elle anime un blog Endométriose mon amour : https://endometriosemonamour.tumblr.com/

5 – Endométriose : la maladie taboue, Marie-Anne Mormina, Marabout, 2018

6 – La recherche a contenu une explosion des études sur le sujet ces cinq dernières années et la publication d’environ 1200 articles chaque année

Lire aussi à ce propos : Fertilité, endométriose : l’Inserm fait le point sur les recherches, Inserm, 30 avril 2019

7 - La N-acétylecystéine (NAC) est un dérivé synthétique de la cystéine. Une fois dans l’organisme, elle est rapidement transformée en cystéine. La cystéine participe à de nombreuses fonctions métaboliques : synthèse des acides gras, formation de la peau, des ongles et des cheveux, production d’hormones, etc. Elle est notamment nécessaire à la synthèse du glutathion, un important antioxydant, et à son maintien en quantité adéquate à l’intérieur des cellules.

La cystéine est un acide aminé, que l’organisme fabrique à partir de la méthionine, un autre acide aminé. Elle est aussi présente dans beaucoup d’aliments : ail, oignon, brocoli, chou de Bruxelles, levure de bière, graines, œuf, poisson, viande, etc.

La cystéine figure parmi les nutriments requis pour le cycle TCA des mitochondries, aux côtés de : thiamine (B1), riboflavine (B2), niacine (B3), acide pantothénique (B5), fer, soufre, magnésium, manganèse et acide alpha-lipoïque.

8 - L’hypersécrétion de prostaglandines par l’endomètre serait un des principaux facteurs à l’origine des douleurs qui surviennent au moment des règles. Leur synthèse est augmentée par l’œstradiol et diminuée par la progestérone. On observe un taux généralement élevé de prostaglandines chez les femmes souffrant d’algoménorrhée qui se traduit par une surexpression de l’enzyme cyclo-oxygénase 2 (COX-2). Les prostaglandines provoquent de fortes contractions utérines et augmentent la sensibilité nerveuse périphérique.

9 – Les mitochondries au cœur de la médecine du futur, Dr Lee Know, Dangles, 2019

Les associations :

ENDOmind : https://www.endomind.org/

EndoFrance : https://www.endofrance.org/


25 / 02 / 2021

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