Le bug humain

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le bug humain

Avez-vous entendu parler du concept de dépassement ? C'est un journaliste de France Inter, Axel Villard, qui a un jour fait les calculs sur le degré d'épuisement des ressources agricoles au niveau mondial. En imaginant sur une année la capacité de production versus consommation de la planète, quand en 1987 on équilibrait au 19 décembre, aujourd'hui c'est le 21 août que nous avons épuisé toutes les ressources !

Nous sommes donc surendettés et nous puisons dans des réserves que nous ne pourrons pas reconstituer !

Les spécialistes ont nommé ce phénomène, capacité porteuse. En gros, la capacité porteuse d'un écosystème est le nombre maximal d'individus que cet écosystème peut tolérer. Si ce nombre est trop important suite à une trop forte croissance démographique, les ressources s'épuisent et les individus meurent.

C'est ce qui se passe dans une boîte de pétri. Placez dans un tube à essai quelques microgrammes de bactéries, maintenez-les à une température idéale et donnez-leur à manger une solution sucrée. Au bout de 12 heures vous avez des milliards de bactéries en suspension. En se divisant toutes les 20 minutes, leur population grandit tant qu'il y a à manger. Seulement, si les réserves s'épuisent, car en 20 minutes les bactéries passent de 500 milliards à 1000 milliards, et s’il n'y a plus de ressources, c'est l'hécatombe en quelques minutes.

L'échelle de temps humain est différente, mais nous avons dépassé la limite et allons aveuglément vers notre destruction…

Tout le monde connaît l'histoire de l'île de Pâques. Il y avait à peu près 15 000 personnes au XIIe siècle sur cette île perdue au milieu du Pacifique. Pas question de ravitaillement d'autres pays, il fallait se débrouiller avec ce qu'on avait.

Il y eut les années prospères où ils battirent une civilisation florissante basée sur l'industrie du bois, la construction de navires et l'édification des célèbres statues qui sont hélas devenues le symbole de ce peuple disparu. Quand ils eurent coupé le dernier arbre et qu'ils eurent prélevé tout ce qui pouvait l'être, ils commencèrent à décliner pour se retrouver à moins de 2000 au XVIIIe siècle. Puis, à court de ressources, ils finirent par disparaître car le continent le plus proche était à 4000 km...

Aujourd'hui, l'université de Leeds en Angleterre, a révélé que la plupart des pays industrialisés sont régulièrement en situation de dépassement des ressources sur les critères vitaux comme l'exploitation de l'eau, de l'azote, du phosphore, de l'empreinte écologique, de la surconsommation matérielle et des émissions des gaz à effet de serre.

Notre envie de confort n'a pas de limites. Les succès technologiques sont en train d'épuiser nos ressources et de réchauffer notre climat.

Qui s'en soucie ?

Sommes-nous prêts à faire des concessions ? À moins consommer, à faire une croix sur nos avantages modernes, sous prétexte que les scientifiques nous disent que nous creusons notre tombeau à ciel ouvert et ce, de plus en plus rapidement ?

Vous voyez bien que cet été en France nous avons subi des canicules records qui ont détruit de nombreuses exploitations, ce qui va augmenter les coûts d'approvisionnement tant que c'est encore possible et entraîner de nombreuses faillites, quand ce ne seront pas des flux migratoires de réfugiés climatiques.

Nous savons, mais nous n'agissons pas.

Tout comme l'île de Pâques, nous sommes perdus au milieu de l'univers et nous n'avons pas d'autre terre ou aborder et il y va de notre survie en ce qui concerne la préservation de nos sols et de notre bio diversité naturelle.

Nous vivons un véritable paradoxe.

D'un côté, notre cerveau est programmé pour poursuivre des objectifs basiques de survie :

« Manger, se reproduire, acquérir du pouvoir et ceci en faisant un minimum d'efforts et glaner un maximum d'informations sur son environnement ».

Pour cela, le cortex s'est développé et a permis d'adopter des comportements de plus en plus complexes. Mais le cortex n'est qu'une arme et cette arme est entre les mains de son propriétaire, le striatum, qui décide de l'usage qu'il faut en faire.

Le striatum était déjà présent il y a des millions d'années chez la lamproie, légué à des millions de générations de poissons, d'amphibiens, de reptiles et de mammifères. Ce petit noyau profond s'est transmis à travers les âges, se révélant indestructible car sans lui, point de survie.

Le striatum est composé du noyau caudé, du putamen et du noyau accumbens. Enfouie plus bas dans le tronc cérébral, se trouve une 4e zone appelée aire Tegmentale ventrale qui approvisionne les 3 premières en dopamine.

Revenons à nos chasseurs, pêcheurs, cueilleurs du paléo.

Lorsqu'ils capturaient une proie, ils passaient des jours entiers à manger, à bâfrer pourrait-on dire, car ils n'avaient pas de frigo et les animaux carnivores pouvaient leur prélever leur proie. Il fallait donc manger la plus grande quantité possible en un temps réduit avant que la viande ne se décompose et ils ne savaient pas quand ils auraient le prochain repas.

On peut aujourd'hui retrouver ces l'instincts chez les boulimiques et chez les personnes consommant de la Malbouffe industrielle.

Cette capacité à stocker de grande quantité de calories a été le garant de la survie de nos ancêtres pendant des millions d'années. Ce comportement de manger sans faim démontre le fonctionnement de notre cerveau qui est en quête de récompense et qui suscite du plaisir à chaque fois que nous exécutons une action qui assure notre survie.

L'élément crucial de notre survie, c'est le striatum qui en est l'acteur principal.  La faim indique un signal que nous vivons un déséquilibre dans les paramètres physiologiques de notre organisme. Mais pour avoir le désir de manger, il faut une incitation et c'est le striatum qui justement fait naître ces incitations. 

Il nous pousse à l'action : manger, copuler, explorer, conquérir, dominer ! En retour, il inondera le cortex de dopamine et de plaisir. Bon deal, non ?  Sans ces incitations, nous n'aurions goût à rien et notre programme de survie serait en péril. Le striatum c'est la vie. 

Sans lui, nous n'existerions pas aujourd'hui. Seuls ont subsisté ceux qui, dans leur cerveau, possédaient cette petite glande qui leur soufflait de manger ; car ce n'était pas donné à tout le monde de copuler pour assurer sa descendance et plus cette zone était développée, plus l'individu avait des chances de transmettre ses gènes à la postérité, de dominer, ce qui lui garantissait des ressources matérielles et des partenaires sexuels (rien qu'à voir tous les scandales sexuels de ces derniers temps d'hommes d'affaires et d'hommes politiques sexuellement détraqués et avides de biens matériels...) et d'avaler un maximum d'informations sur le monde pour augmenter sa chance de survie et de s'en sortir.

Cela va vous sembler caricatural, mais c'est bien ainsi que les choses fonctionnent et cela reflète bien la stricte réalité du fonctionnement de nos neurones.

Pouvons-nous consommer de manière infinie dans un monde fini ?

Pendant des millions d'années, ce système basé sur les neurones inondés de dopamine a permis à toutes les espèces de survivre, notamment à l'Homme qui pouvait se procurer de la nourriture, se reproduire, détenir du pouvoir et être très informé sur son environnement, sans altérer les ressources de la planète et faire souffrir, voire disparaître de nombreuses espèces. Seulement aujourd'hui nous avons inventé des technologies très performantes qui se révèlent capables de modifier en profondeur notre environnement, notre rapport à la nature et peut-être même notre vie.

Je ne vous parlerai pas de l'industrialisation de l'agriculture et de l'élevage intensif, ni des pollutions chimiques, ni des technologies liées aux ondes (dont on commence à voir les mutations au niveau de notre ADN) mais de sur- alimentation et de dénutrition.

On meurt plus aujourd'hui d'obésité que de faim.

Tant que l'Homme vivait en équilibre avec les autres espèces animales et végétales et que les ressources à disposition, non seulement étaient limitées, mais étaient difficiles d'accès, tout allait bien.

Mais dès qu'on a été capable de produire abondamment notre nourriture, nos "gènes goinfres" sont devenus nos pires ennemis!

Ils nous tuent en provoquant les maladies mortelles dites de civilisation liée à l'obésité (diabète, maladies cardio-vasculaires, AVC, syndrome métabolique, cancer, etc..)

Deux neurophysiologistes, James Olds et Peter Milner, découvrirent cette zone qui, si elle est stimulée, procure du plaisir. Ils venaient de découvrir le circuit de récompense.

En stimulant cette zone, on pouvait soigner des êtres dépressifs et plonger l'individu dans un état qui réunit les sensations d'un délicieux repas, d'une expérience sexuelle paroxysmique et interminable et un sentiment de domination sur le reste du monde... On obtient le même effet avec une dose de cocaïne. On comprend pourquoi ce commerce est si florissant mais je ne vous conseille pas d'y toucher car ce circuit de récompense vous rendra incapable de vous modérer.

Programmés pour vouloir toujours plus

Des études ont démontré que notre système de récompense ne s'active que si nous obtenons plus que ce que nous attendions. Quand on apprend une langue, une technique, un sport, à jouer d'un instrument ou tout autre technique d'apprentissage, la progression stimule notre excitation et notre plaisir. Si le résultat est meilleur que le précédent, de la dopamine est libérée et les neurones du cortex qui ont exécuté le geste, se trouvent soudés à ceux du striatum de sorte que l'acte est mémorisé à vie dans le cerveau qui mémorisera les comportements qui ont livré les meilleurs résultats.

Seulement, pour le cerveau, seul le présent compte. 1 milliard de personnes fument dans le monde alors qu'elles savent que plus de 10 millions d'entre elles vont mourir chaque année des conséquences du tabagisme. Chaque année des dizaines de millions de personnes choisissent d'obtenir du plaisir instantanément et prennent le risque de s'exposer, mais ce, dans plusieurs années.

Il en est de même pour les personnes obèses qui préfèrent manger une barre chocolatée ou un bon sandwich avec des frites maintenant, et subir une faible estime de soi, et s'exposer aux maladies graves comme le diabète, les maladies cardio-vasculaires, les AVC etc. plutôt que de se retenir et vivre dans de bonnes conditions les décennies à venir…  Le présent est roi et plus un avantage est éloigné dans le temps, moins il a de valeur pour notre cerveau. 

Pour le striatum, le futur ne compte pas.

Qui du striatum et du cortex, va réellement influencer nos choix et nos décisions ?

Éduquer notre cortex frontal, siège de la volonté et de la planification est un enjeu vital pour notre avenir ainsi que celui de la planète. Chacun doit renforcer ses connexions entre le cortex frontal et le striatum pour prendre l'ascendant sur le présent et renforcer sa volonté.  Nous devons développer les connexions permettant de devenir plus exigeants, plus persévérants avec une conscience élargie. 

Cependant notre société stimule notre striatum en nous rendant de plus en plus impatients puisque nous pouvons obtenir ce que nous voulons instantanément en appuyant sur un bouton ! De ce fait, nous perdons la fonction physiologique qui nous permet de renoncer à quelque chose maintenant au profit d'autre chose plus tard, et ce phénomène se renforce de génération en génération ! La 5G risque de mettre en péril notre volonté et notre santé ! Le striatum aura gagné, mais il nous perdra. 

Je vous donnerai dans 15 jours des mesures qui, si vous le voulez bien, pourront vous permettre de vivre sans dépendance à quoi que ce soit, tout en trouvant un vrai plaisir bon pour vous et bon pour la planète.

Faites-moi savoir si cela vous intéresse car j'ai passé de longues semaines à vous faire ce résumé du livre que je vous invite à lire.

Marion Kaplan

Le bug humain de Sébastien Bohler aux éditions Robert Laffont


6 / 09 / 2019

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