Les probiotiques, tout le monde en parle!

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La question des probiotiques devient un phénomène de société. Faut-il ou non en consommer ?

Certains médecins que je connais les déconseillent totalement, disant qu’il ne faut pas apporter plus de bactéries dans l’estomac qui devrait être stérile, et d’autres ne jurent que par cela. J’ai voulu en avoir le cœur net et j’ai donc testé un certain nombre d’entre eux. Les résultats sont incontestables. Cependant, vous avez bien compris que nous avons chacun un microbiote unique et donc que les probiotiques de votre voisine ne vous correspondront pas forcément.


À chacun son microbiote et à chacun ses probiotiques.

Peut-être devrez vous passer par un professionnel formé à cette nouvelle science. C’est la raison pour laquelle j’ai interviewé le Docteur Didier Chos* qui fait partie depuis une vingtaine d’années des experts du microbiote et des probiotiques.


Interview de Marion Kaplan du Docteur Didier Chos*

Les probiotiques, effet de mode ou véritable révolution ?


Depuis quelques années, le marché des compléments alimentaires a en effet été bouleversé par l’émergence des probiotiques, en grande partie lié à l’explosion des publications dans le domaine du microbiote.


La médecine bénéficie d’investissements de recherche colossaux dans le domaine de la métagénomique* ce qui démontre clairement que le microbiote devient une cible privilégiée des thérapeutiques de demain.


Dans le même temps depuis le début des années 1990, de nouvelles approches en alimentation santé et en micronutrition ont développé des nouveaux concepts suggérant aux professionnels de santé de s’intéresser à l’écosystème intestinal et plus particulièrement à son microbiote. Certains laboratoires se sont positionnés dans cette démarche et des gammes de probiotiques de plus en plus sophistiqués sont proposés dans les pharmacies (PiLeJe, Nutergia…).


De plus, les patients sont tombés depuis 2015 sous « Le charme discret de l’intestin« **, et deviennent des experts en microbiote, en probiotiques, et sont en demande de connaissances plus précises, d’indications plus claires, et de conseils de « bons » probiotiques…


Pour nous c’est très clair, même si certains labos profitent de cette vague pour faire des promesses excessives via internet, du type « le probiotique qui fait maigrir », les probiotiques « sérieux » ont un bel avenir devant eux…


MK : Pourquoi en parle-t-on seulement aujourd’hui ?


En fait, le mouvement va en s’amplifiant depuis une vingtaine d’années ; ce qui a été déterminant ce sont les travaux sur les gènes des bactéries du microbiote débutés en 2003 suite au séquençage du génome humain. Les premiers résultats ont stupéfait les chercheurs : chaque maladie avait sa signature dans le microbiote. Des consortiums de recherche se sont développés depuis dans le monde entier avec de gros moyens financiers, et depuis les publications scientifiques ont explosé.


MK : Mais pour s’y retrouver, existe-t-il des critères de qualité ?


Oui, pour faire le tri dans toutes les gammes qui sont proposées, les critères actuels en France sont ceux de l’ANSES (Agence Nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail), qui datent de 2005 :


Les critères de qualité définis par l’ANSES (anciennement AFSSA) en 2005 :


- Absence de pathogénicité pour l’Homme

- Survie dans le tube digestif

- Adhésion aux cellules épithéliales intestinales

- Modulation des réponses immunitaires

- Effets sur la santé scientifiquement documentés

- Résistance aux procédés technologiques et au temps de conservation


Que peut-on tirer de ces critères ?


C’est que principalement, l’efficacité du probiotique dépend de la souche et de sa concentration ; ce qui revient à dire que les souches doivent être précisées par le fabricant.


Ensuite, tous les critères de qualité doivent avoir été réalisés ou vérifiés par le laboratoire : on appelle cela la caractérisation des souches. Un probiotique peut contenir une seule souche ou un mix de souches (association de plusieurs souches). L’efficacité du mix doit être prouvée, ce n’est pas la somme de l’efficacité de chacune des souches, car elles peuvent être en compétition les unes avec les autres.


En pratique le laboratoire doit être capable de vous fournir un document précis sur :


- la survie dans le tube digestif (sa robustesse) ;

- sa capacité à être stable dans le temps (pour qu’il soit toujours vivant au moment où il est consommé) ;

- sa capacité à agir (stimuler l’expression de cytokines* et inhiber le développement de pathogènes) ;

- Si le produit dispose d’études cliniques, attention aux études « marketing », vérifier la notoriété de la publication.


MK : Certains disent que les probiotiques doivent être conservés au frigo, qu’en pensez-vous ?


La stabilité dans le temps doit être vérifiée pendant 2 ans, à température ambiante ; les labos qui imposent la conservation au frigo ne peuvent pas garantir cette stabilité.


MK : Quelles sont les indications privilégiées pour un conseil probiotique simple ?


Les indications les plus évidentes sont les plaintes digestives, dans le cadre de l’accompagnement des troubles fonctionnels intestinaux, des gastro-entérites, des diarrhées aux antibiotiques. Les plaintes en relation avec une immunité perturbée sont également très intéressantes, les infections ORL, urinaires, gynéco à répétition ; certaines souches agissent contre le candida albicans à l’origine de mycoses vaginales récidivantes. Les patients présentant des allergies comme la rhinite allergique saisonnière ou l’asthme peuvent bénéficier des probiotiques. Et puis le microbiote en souffrance, qu’on appelle la dysbiose, entraîne souvent de l’inflammation de la muqueuse intestinale, et une augmentation de la perméabilité intestinale. Celle-ci peut être à l’origine de migraines, de douleurs ostéo-articulaires chroniques, d’allergies. Dans ces cas, il est utile d’associer des probiotiques à des cicatrisants de la muqueuse comme la L glutamine.


MK : Avez-vous des protocoles à nous suggérer ?


On peut vous donner quelques exemples :

Plaintes digestives :

Accompagnement probiotique d’un Trouble Fonctionnel Intestinal (TFI) :


- Si constipation : Mix Probiotiques Profil Cytokines*** Th1 (10 milliards/j pendant 1 mois à renouveler).

- Si diarrhées ou alternance diarrhée-constipation : Mix probiotiques Profil cytokines T. régulateurs (10 milliards/j pendant 1 mois à renouveler).


Accompagnement du traitement d’une gastro-entérite :


Mix Probiotiques Profil Cytokines Th1 (30 milliards/j pendant jours).


Prévention des diarrhées aux antibiotiques :


Souche probiotique Lactobacillus Rhamnosus GG (12 milliards par jour pendant 10 jours)


Plaintes infectieuses chroniques :

Accompagnement des infections hivernales à répétition :


Mix Probiotiques Profil Cytokines Th1 (10 milliards/j pendant 1 mois à renouveler).


Accompagnement des Mycoses vaginales à répétition : 


Souche Probiotique Lactobacillus Helveticus LA 401 (10 milliards/j pendant 10j puis 5 milliards pendant 3 mois).


Plaintes digestives associées à des troubles à distance :


Certains patients présentent des troubles digestifs chroniques avec des perturbations fonctionnelles à distance de type migraines, douleurs ostéo-articulaires, infections des muqueuses ORL, urinaires… eczéma, fatigue et/ou stress mal géré : Mix probiotiques Profil cytokines T. régulateurs (10 milliards/j pendant 1 mois à renouveler)   + Mix d’ingrédients cicatrisants de la muqueuse intestinale (L glutamine, zinc, extraits de thé vert….) + Modèle d’Epargne Digestive (MED) à suivre pendant le temps de la complémentation (Doc disponible à l’IEDM****).


MK : Certains disent qu’en cas de dysbiose il ne faut pas rajouter de bactéries dans l’estomac, qu’en pensez-vous ?


La dysbiose d’une manière générale se caractérise par une population pauvre de bactéries, présentant une faible diversité au niveau de ses différentes espèces. Les probiotiques, dans ce cadre, restaurent les propriétés du microbiote en dysbiose.  Certains patients peuvent présenter des flores de fermentation, souvent secondaires à une mauvaise tolérance des petits sucres que l’on appelle les FODMAPs (Fermentescibles Oligosaccharides disaccharides Monosaccharides and Polyols). Cela se manifeste par des ballonnements douloureux siégeant au niveau du colon droit. Chez eux les probiotiques ne doivent pas être donnés en grande quantité, et un modèle d’épargne digestive doit être proposé.


MK : On évoque l’intérêt des probiotiques dans le diabète de type 2, dans les problèmes anxio-dépressifs, même dans l’autisme… c’est pas un peu exagéré ?


Nous avons parlé tout à l’heure de l’hyperperméabilité intestinale ; lorsqu’elle existe en plus de la dysbiose, des molécules issues des coques bactériennes des bactéries gram négatif peuvent franchir la barrière intestinale et déclencher une véritable inflammation métabolique ; certaines de ces molécules appelées endotoxines ont été identifiées dans le sang et peuvent être à l’origine des maladies dont vous avez parlées. Ce mécanisme est probablement important dans le déclenchement et le maintien de nombreuses pathologies. En plus des probiotiques, la restauration de l’étanchéité de la muqueuse intestinale est dans ces cas indispensable…


MK : Comment se forment actuellement les médecins, les pharmaciens, les diététiciens à l’utilisation des probiotiques ?


Nous avons fondé en 1997 l’Institut Européen de Diététique et Micronutrition (IEDM****) qui propose aux professionnels de santé des formations en micronutrition.


Il existe des cycles de formation, et nous collaborons aux différents diplômes universitaires de micronutrition à Dijon, Poitiers, Strasbourg et Casablanca.


Nous invitons tous les professionnels de santé à venir nous rejoindre pour bénéficier de ces formations reconnues pour leur intérêt scientifique et pédagogique.

Comment choisir ses probiotiques ?

Il y a de nombreux probiotiques sur le marché et je ne peux pas tous les connaître. Il faut en tout cas que les laboratoires vous certifient qu'ils respectent les procédures de stockage et de refroidissement appropriés.

Il y a un certain nombre de laboratoires sérieux, mais je ne les connais pas tous. Je peux vous citer le laboratoire Pilège, Le Stum, Parinat, Bionutrics, Anae... Et peut-être pourrez-vous me proposer d'autres laboratoires que vous avez expérimentés pour leur sérieux et leur efficacité.

Il faut qu'il y ait un grand nombre de probiotiques allant de 15 à 100 milliards. Vous pouvez tester ceux qui ont une grande diversité de souches, au moins 8, afin de pouvoir tomber sur les bactéries qui vous feront du bien.

Recherchez des souches telles que le Lactobacillus plantarum, le Bacillus subtilis, le saccharomyces Boulardii, les mycellium de champignons et si vous avez la chance de pouvoir trouver des bactériophages cela permettra un meilleur accès des probiotiques jusqu'à l'intestin.

Voici quelques explications sur certaines souches – du livre du docteur Josh Axe, "Salement Bon"  médecin nutritionniste ayant fondé l'une des plus grandes clinique de médecine fonctionnelle aux États-Unis :

Le bifidobacterium bifidum : c'est le probiotique dominant chez les nourrissons et dans le gros intestin. Il favorise la production de vitamines, inhibe les bactéries nocives, et soutient la réaction immunitaire. Il prévient la diarrhée.

Le Bifidobacterium longum : il soutient la fonction hépatique, réduit l'inflammation, et a le pouvoir d'éliminer les métaux lourds.

Le Bifidobacterium breve : il contribuait à la prolifération d'une flore intestinale saine et évacue les mauvaises bactéries.

Le Bifidobacterium Infantis : il soulage le syndrome du colon irritable, la diarrhée, la constipation et contribue à lutter contre l'anxiété.

Le Lactobacillus casei : il soutient le système immunitaire, inhibe la bactérie Helicobacter pylori et contribue à combattre les infections.

Le Lactobacillus acidophilus : il soulage les gaz et les ballonnements et contribue à améliorer les symptômes d'intolérance au lactose. Des études ont démontré qu'il réduisait de 61 % l'Escherichia Coli et pouvait abaisser le taux de cholestérol. Ils modulent le système immunitaire du tissu lymphoïde du tube digestif.

Le Lactobacillus bulgaricus est une souche qui a prouvé sa capacité à lutter contre les bactéries pathogènes qui envahissent le système digestif. Il est suffisamment résistant pour ne pas être attaqué pas les sucs gastriques. Il neutralise les toxines et produit ses propres antibiotiques.

Le Lactobacillus brevis : il survit à toutes les attaques du système digestif, stimule l'immunité cellulaire, et élimine la bactérie Helicobacter Pilori.


*Docteur Didier CHOS (Président de l’Institut Européen de Diététique et Micronutrition)


*Métagénomique : c’est l’étude du contenu génétique d’échantillons divers comme par exemple les bactéries de l’intestin.


**Le charme discret de l’intestin- Livre de Julia Enders traduit en Français en 2015 ; Actes Sud Editions.


* cytokines: substance élaborée par le système immunitaire réglant la prolifération de cellules.


***Profil de cytokines : chaque souche ou mix de souches présente un profil particulier lui conférant des propriétés immunologiques particulières ; le profil Th1 est anti-infectieux, en particulier anti-viral, le profil T. régulateurs est anti-inflammatoire, anti-allergique.


****IEDM (Institut Européen de Diététique et de Micronutrition) : www.iedm.asso.fr


Mail : contact@iedm.asso.fr  -  tél : 01.53.86.00.81 (le matin).


 

Derniers livres du Docteur Didier CHOS :


-       A chacun ses recettes pour un microbiote en forme : Ed SOLAR 2018

-       Prenons le pouvoir sur notre santé ; vers une médecine sur mesure : Ed SOLAR 2018

17 / 10 / 2018

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